La Suède redessine sa politique d'aide au développement
La Suède tourne une page de sa politique d’aide au développement. Depuis lundi 31 août, Stockholm a mis fin à ses programmes bilatéraux dans plusieurs pays africains, une décision qualifiée de « difficile » par le gouvernement et justifiée par l’émergence de « nouveaux défis et besoins en matière de politique de sécurité dans notre voisinage immédiat ».
Le changement de cap avait été annoncé en décembre dernier. Cinq pays, dont quatre en Afrique — le Liberia, le Mozambique, la Tanzanie et le Zimbabwe — devaient progressivement sortir du dispositif de coopération bilatérale suédois. En dehors du continent africain, la Bolivie est également concernée.
« Cette décision n’a pas été prise à la légère », avait alors expliqué Stockholm, qui l’attribue notamment à une réduction des crédits consacrés à la coopération au développement dans le budget global du pays. Parmi les nouvelles priorités du gouvernement figurent le soutien à l’Ukraine et le renforcement des dépenses de défense, dans un contexte sécuritaire profondément transformé en Europe.
Au Liberia et au Zimbabwe, le désengagement est allé plus loin. La Suède a décidé de fermer ses ambassades à Monrovia et Harare. Fermées aux visiteurs depuis lundi, elles doivent cesser définitivement leurs activités en octobre. L’ambassade de Monrovia assurait également la représentation suédoise en Sierra Leone, tandis que celle de Harare était parallèlement chargée des relations avec le Malawi et Maurice.
Stockholm a pris soin de dissocier cette décision de la situation politique dans les pays concernés. « La décision de supprimer progressivement l’aide bilatérale n’est en aucun cas liée à des politiques ou des événements au Libéria », a assuré le gouvernement suédois, reprenant une formulation similaire pour les autres pays concernés.
Derrière ces retraits se dessine une transformation plus vaste de la politique suédoise de coopération. Il ne s’agit pas, assure Stockholm, de renoncer à l’aide au développement, mais de la réorganiser autour d’un nombre plus restreint de priorités et d’une exigence accrue de résultats. Début juillet 2026, le gouvernement a ainsi annoncé l’adoption de neuf nouvelles stratégies de coopération, dotées d’environ six milliards de couronnes suédoises, soit quelque 550 millions d’euros, pour des programmes en Afrique, en Amérique latine et en Asie.
La nouvelle aide devra davantage s’appuyer sur les résultats démontrés et sur les données disponibles pour déterminer ce qui fonctionne réellement, plutôt que de reconduire les programmes par habitude. « Les nouvelles stratégies constituent la plus grande mesure prise par le gouvernement pour réduire le manque de cohérence de l’aide au développement suédoise », a déclaré le ministre de la Coopération internationale au développement et du Commerce extérieur, Benjamin Dousa. Le gouvernement veut notamment réduire le nombre d’objectifs assignés à l’aide afin de concentrer les moyens sur les priorités qu’il juge essentielles. « L’aide au développement sera désormais fondée sur ce que nous savons fonctionner, plutôt que de simplement poursuivre ce qui a été fait auparavant », a affirmé le ministre.
Cette nouvelle doctrine accorde une place centrale à la croissance économique et à l’amélioration des conditions de vie. Elle entend également soutenir le développement démocratique, le respect des droits humains et des libertés ainsi que l’Etat de droit, avec une attention particulière portée aux institutions inclusives.
Dans le cadre de cette réorganisation, l’agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida) doit mettre en œuvre de nouvelles stratégies pour la République démocratique du Congo, le Kenya, le Rwanda, le Soudan, la Colombie, le Guatemala, Cuba et le Bangladesh sur la période 2026-2031, ainsi qu’une stratégie consacrée à la coopération régionale en Amérique latine. Le gouvernement souhaite parallèlement simplifier la gouvernance de l’aide et en réduire le nombre de cadres stratégiques. De près de 70 aujourd’hui, leur nombre doit être ramené à 32 d’ici à la fin de 2026.
Sur son site officiel, le gouvernement suédois résume cette philosophie par une formule qui marque une rupture avec une conception de l’aide centrée uniquement sur les transferts financiers : « Aucun pays n’est sorti de la pauvreté grâce à la seule aide internationale au développement ». Stockholm insiste ainsi sur la nécessité de combiner l’aide avec le commerce, l’investissement dans l’éducation et les infrastructures, les réformes économiques et la mobilisation des ressources nationales.
Cette orientation avait commencé à être formalisée en décembre 2023, lorsque le gouvernement avait présenté son agenda de réforme de l’aide suédoise, intitulé « Development assistance for a new era – freedom, empowerment and sustainable growth ». L’objectif affiché était déjà de rendre l’aide plus pertinente, en privilégiant sa durabilité à long terme, sa transparence et son efficacité.
Le retrait de plusieurs pays africains intervient toutefois dans un contexte plus large de contraction de l’aide internationale. La décision suédoise intervient après la fin de l’USAID voulue par l’administration de Donald Trump et alors que plusieurs pays européens réduisent eux aussi certains de leurs engagements.
Au Liberia, les conséquences pourraient être particulièrement sensibles. Selon le quotidien britannique The Guardian, la Suède y a consacré plus de 5,77 milliards de couronnes depuis 2008, soit environ 445 millions de livres sterling. Cette aide a notamment soutenu les infrastructures, les institutions démocratiques, des programmes humanitaires et la gestion des ressources. Le royaume scandinave était devenu le deuxième donateur du pays, derrière les Etats-Unis.
Toujours selon le journal britannique, la fin du soutien suédois pourrait fragiliser plusieurs politiques de santé, notamment dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive.
Stockholm affirme néanmoins ne pas tourner le dos à la coopération internationale. La Suède entend conserver une place dans les mécanismes multilatéraux d’aide au développement, notamment à travers l’Union européenne. La page qui se referme est donc celle d’une certaine forme de coopération bilatérale. À sa place, le gouvernement suédois entend installer une aide plus resserrée, davantage orientée vers la croissance, les institutions et les résultats, une inflexion qui traduit autant ses nouvelles priorités budgétaires que les transformations de son environnement stratégique.